12th February 2019 - UEFA Champions League - Round of 16 (1st Leg) - Manchester United v Paris Saint-Germain - Ander Herrera of Man Utd clears from Marco Verratti of PSG - Photo: Simon Stacpoole / Offside. (Simon Stacpoole/OFFSIDE/PRESSE/PRESSE SPORTS)
Transferts - PSG

Éducation tactique, changement de poste, personnalité... Qui est Ander Herrera, la nouvelle recrue du PSG

Nouvelle recrue du Paris Saint-Germain, Ander Herrera est un joueur aussi complet que discret. En cinq saisons à Manchester United, le milieu de terrain espagnol (29 ans), malgré plusieurs blessures et une certaine inconstance, avait su se rendre indispensable.

Il y a ceux qui accueillent les louanges avec délectation, ceux qui s'en nourrissent, ou ceux qui essaient de mettre en avant la réussite collective sans forcément en penser un mot. Et puis il y a Ander Herrera. Le milieu de terrain espagnol, biberonné au jeu et à l'analyse posée depuis sa tendre enfance dans l'Aragon, maîtrise parfaitement l'art de mettre ses partenaires en avant. Comme au sortir d'un match épatant au marquage individuel d'Eden Hazard face à Chelsea, en avril 2017, ponctué d'un but et d'une passe décisive (2-0). L'occasion idéale de se gargariser d'avoir étalé l'ensemble de ses qualités ? Pas pour l'ancien joueur du Real Saragosse et de l'Athletic Bilbao. «Ça n'aurait pas été possible sans le travail de Jesse Lingard et Marcus Rashford sur leurs défenseurs, parce qu'ils ne les ont pas laissé jouer, assurait-il quelques semaines plus tard dans The Telegraph. Avant le match, j'ai passé mon temps à leur rappeler que plus la balle arriverait difficilement à Hazard, plus mon job serait facilité. (...) S'il avait pu recevoir la balle dans de bonnes conditions, j'étais fichu.»

Voir : la fiche d'Ander Herrera
Détaché de l'agitation médiatique, obsédé par l'analyse tactique
Leader discret, chouchou des supporters des Red Devils, Ander Herrera a passé cinq saisons dans le nord de l'Angleterre, sans franchement s'être habitué à faire la Une. Il a fallu que son contrat approche de son terme et que le PSG, Arsenal ou l'Athletic Bilbao tentent de l'attirer pour que son nom se retrouve plus régulièrement en première page. Insuffisant, cependant, pour faire sortir l'intéressé de sa réserve. «C'est logique quand il ne vous reste que trois mois de contrat. Je savais déjà que ce genre de choses allait sortir, c'est normal», confiait-il au Periodico de Aragon le 24 mars dernier. Quand on a grandi auprès d'un père joueur professionnel puis recruteur et manager général (à Saragosse notamment), les coulisses du monde des transferts n'ont plus grand-chose de surprenant. Ander n'avait pas encore dix ans quand son paternel, Pedro Maria Herrera, lui demandait d'analyser le jeu de tel ou tel joueur susceptible de l'intéresser. Il en a conservé un réflexe, quasiment une obsession : avoir décortiqué au maximum son adversaire avant d'entrer sur le terrain.
Un des principaux faits d'armes d'Ander Herrera à MU : avoir éteint Eden Hazard grâce à un marquage individuel sans relâche... en y ajoutant un but et une passe décisive dans une victoire 2-0 en avril 2017. (PRESSE SPORTS)
Un des principaux faits d'armes d'Ander Herrera à MU : avoir éteint Eden Hazard grâce à un marquage individuel sans relâche... en y ajoutant un but et une passe décisive dans une victoire 2-0 en avril 2017. (PRESSE SPORTS)
Analyser, prendre du recul, en toute circonstance, c'est sans doute le credo qui accompagne le mieux la trajectoire d'Ander Herrera. C'est d'ailleurs en prenant conscience qu'il devait performer un cran plus bas que celui qui évoluait souvent n°10 sous Marcelo Bielsa à Bilbao (finales de Coupe du Roi et de Ligue Europa à la clé, en 2012) est parvenu à s'imposer en Premier League. «En arrivant dans un des plus grands clubs du monde, j'ai réalisé que si je voulais jouer n°10, je devais marquer au moins dix, douze buts par saison, expliquait-il à ESPN il y a deux ans. C'est ce que font Lingard ou Mata. Il fallait donc que j'ajoute quelque chose à mon football si je voulais devenir un joueur important pour le club.» Et il l'a fait. Non pas en se muant en buteur régulier (20 réalisations seulement en 189 matches avec MU), mais plutôt en devenant un relayeur-travailleur essentiel à l'équilibre de son équipe.

«Je suis là pour les autres»

Au sein d'un club à la poursuite de son glorieux passé, Herrera s'est adapté sans se renier. Plaçant toujours la passion, la dévotion et la détermination au coeur de son jeu. La plupart du temps, il a été l'homme de l'ombre qui permet aux autres d'attirer la lumière, grâce à son placement et ses déplacements. Sur le terrain, il assurait la sécurité aux côtés de Nemanja Matic pour offrir la liberté nécessaire (et souvent salutaire) à Paul Pogba, s'ajustant constamment selon les phases de jeu. «Je suis là pour les autres», résume-t-il régulièrement. Alors il court, tacle, passe, presse, se replace, indique la voie à suivre.
Herrera sait à peu près tout (bien) faire, un atout qui saute rarement aux yeux
En 2018-19, Ander Herrera n'a pu débuter que seize matches de Championnat, la faute à quelques pépins physiques. Ça ne l'a pas empêché d'être de loin celui qui taclait (3,6 fois par 90 minutes) et interceptait (2,6 fois par 90 minutes) le plus parmi les joueurs du top 6 de Premier League. Hyperactif, l'international espagnol (deux sélections) est celui qui ouvre les espaces en se montrant constamment disponible quand son équipe a le ballon, et celui qui les ferme à la perte grâce à son sens tactique et du sacrifice. L'archétype du joueur qui gagne la confiance et le respect des siens en montrant l'exemple, qui sait se rendre indispensable sans jamais s'estimer indiscutable.

Son physique plutôt modeste (1,82 m pour 70 kg) ne lui permet pas, en revanche, de briller lorsque le ballon navigue loin du sol (33% de duels aériens remportés), et son manque de constance (en partie à cause de blessures récurrentes) lui a régulièrement été reproché. Et l'a privé d'un statut plus affirmé, sous Louis van Gaal comme sous José Mourinho. Parce qu'il fait partie d'une caste à part, celle des joueurs qui ont peu de points faibles mais pas de point incroyablement fort. Herrera n'a ni la stature de Matic, ni l'expérience de Carrick, ni l'impact de Fellaini, ni la vista de Pogba dans la zone de vérité. Il sait à peu près tout (bien) faire, un atout qui saute rarement aux yeux.

Un profil idéal pour le PSG ?

Parfois mis de côté, Herrera n'a pourtant jamais élevé la voix, répétant notamment depuis le départ de Mourinho qu'il «détestait quand les joueurs parlent mal d'un entraîneur qui est parti. Je ne peux que le remercier, parce qu'il m'a rendu meilleur.» En août 2015, après un match consistant face à Bruges en barrages de C1 alors que Van Gaal peinait à lui faire confiance, le Basque disait déjà : «Si l'entraîneur veut me faire jouer je jouerai, s'il veut que j'attende mon tour j'attendrai. Je suis réaliste, c'est la manière dont je vois les choses. Je pense à l'équipe, je ne suis pas égoïste et je ne dois pas changer.»
Un joueur profondément collectif, intelligent et mature tactiquement, humble, qui apporte «énergie et créativité» (dixit Ryan Giggs) sans se préoccuper de la place qu'il occupe dans les médias. Le portrait robot du coéquipier idéal, qui pour ne rien gâcher, sait se sublimer dans les grands rendez-vous (élu homme de la finale de Ligue Europa remportée par MU en 2017, notamment). Un profil a priori idéal pour combler une partie des manques, qualitatifs et quantitatifs, au sein d'un PSG qui a manqué de travailleurs de l'ombre ces dernières saisons. Ce n'est pas une garantie absolue, ni un pari sur le long terme (Herrera fêtera ses trente ans le 14 août), mais ça ressemble tout de même à une sacrée affaire.
Cédric Chapuis
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :