bouanga (denis) (A.Martin/L'Equipe)
Ligue 1 - Saint-Etienne

De Strasbourg à Saint-Etienne, en passant par Lorient : l'évolution de Denis Bouanga par ceux qui l'ont côtoyé

En pleine lumière depuis son arrivée à Saint-Etienne, Denis Bouanga a été le meilleur Vert en 2019-20. Mais pour en arriver là, le Gabonais a connu un parcours sinueux, de Strasbourg à Saint-Etienne, en passant par Lorient ou encore Tours. Ses anciens coéquipiers racontent.

Avant de rejoindre le Forez cet été, le Gabonnais a connu un parcours tumultueux. D'abord passé par le Stade Olympique du Maine, il est ensuite repéré par Le Mans FC, club phare de sa ville natale, à 17 ans. Mais avec la formation qui évoluait à l'époque en Ligue 2, son histoire ne se déroulera pas comme prévu. Après deux ans chez les Sang et Or, durant lesquels il ne jouera que très rarement avec les U19 nationaux, il ne sera pas conservé. Il décide alors de rejoindre l'AS Mulsanne-Teloché, en DH, dans la Sarthe. Un club où il va s'épanouir, et surtout acquérir du temps de jeu. Un choix payant puisqu'à l'été 2014, Bouanga débarque à Lorient, après avoir été repéré en même temps que son frère Didier (d'un an son cadet), par Franck Haise, entraîneur de l'équipe réserve des Merlus. Une fois en Bretagne, il s'impose rapidement comme un joueur clé en CFA. De quoi taper dans l'œil de Sylvain Ripoll, l'entraîneur des Merlus, qui lui offre une première titularisation en professionnel lors d'un match de Coupe de la Ligue, le 28 octobre 2014. Le début d'un conte de fées.
Deux jours plus tard, il paraphe son premier contrat professionnel. «Avec lui nous sommes plus sur de la post-formation, déclarait Franck Haise sur le site de Lorient après l'officialisation du contrat. Il existe différentes voies, certaines classiques d'autres un peu plus détournées mais avec tout autant de symbolique. Il avait pris une petite claque au Mans et il a su rebondir chez nous. Il avait déjà des qualités mais nous l'avons mis dans un climat qui a favorisé son éclosion.» Pour clore en apothéose cette folle semaine, l'attaquant entre en jeu, le samedi en Ligue 1, sur la pelouse du Moustoir face au champion de France en titre, le Paris Saint-Germain. Par la suite, il retourne aux oubliettes et ne rejouera plus avec l'équipe première mais se consolera avec un titre de champion de CFA.

La révélation à Strasbourg...

Pour sa deuxième saison au FCL, il veut s'imposer dans le groupe professionnel. Chose qu'il arrive à faire en disputant les quatre premières journées de championnat. Sur la pelouse de Reims, le 29 août 2015, le numéro 20 inscrit même son premier but dans l'élite avant d'une nouvelle fois disparaître complètement de l'équipe de Sylvain Ripoll. Le joueur offensif retourne alors en équipe réserve et décide de se faire prêter au mercato hivernal, à Strasbourg. «Il a pris le risque de venir en National, dans un championnat vraiment pas facile, athlétique, avec des terrains pas toujours parfaits, se remémore Dimitri Liénard, son ancien coéquipier en Alsace. Les joueurs te rentrent dedans donc il était obligé d'aller au contact. C'est quelque chose qui l'a forgé. Si on prend des jeunes joueurs de Ligue 1 maintenant et qu'on leur dit de se faire prêter en National, je ne pense pas qu'ils acceptent. Denis, il voulait vraiment jouer au football, se montrer, il n'a pas eu un parcours simple
Mais à l'époque, déjà, l'actuel attaquant des Verts avait toutes les capacités pour devenir un très bon joueur : «Il allait vite, il était puissant et il frappait fort des deux pieds, poursuit Liénard. Il avait donc toutes les qualités d'un joueur moderne. Il lui fallait juste de la maturité, à tous les niveaux.» Sous les couleurs du Racing, Denis Bouanga s'illustre dès son arrivée en marquant deux buts lors de ses trois premiers matches. «On était une équipe rodée, son prêt c'était la cerise sur le gâteau», souligne Felipe Saad, qui fut également son coéquipier à Strasbourg. Dans une équipe à la lutte pour l'ascension en Ligue 2, l'ailier gauche réalise des performances restée dans la mémoire du milieu de terrain, qui joue toujours au club. «Contre Colmar, on avait fait un derby en National où il avait été extraordinaire. On avait gagné 3-0. Il marque le premier but, il est proche de s'offrir un doublé mais le ballon est dévié par le gardien et je le pousse au fond. Heureusement, il remarque derrière. Je m'en étais voulu et je m'étais excusé à la fin du match parce qu'il aurait dû réaliser un triplé, ce jour-là.» Bouanga termine la saison avec le titre de champion de National en ayant disputé 18 matches et inscrit 5 buts. Une expérience dont il ressort forcément grandi et où il a joué le jeu, pour prouver à Lorient qu'il avait les qualités pour évoluer en Bretagne. Mais rien n'y fait. Après une préparation avec les Merlus assortie d'une prolongation de contrat jusqu'en 2019, il est, assez étonnamment, à nouveau prêté.

L'explosion à Tours au sein d'une «bande de copains»

Cette fois-ci, direction Tours en Ligue 2. À peine débarqué, il s'impose directement dans le onze de Fabien Mercadal et s'installe comme un titulaire indiscutable sur l'aile droite. Malgré une équipe en grande difficulté en deuxième division, il arrive à se démarquer. «Il s'est tout de suite adapté. Il donnait l'impression d'être là depuis des années», témoigne Haris Belkebla, actuellement à Brest. À l'issue de la phase aller, il compte cinq buts et cinq passes décisives. Idéal pour convaincre le sélectionneur gabonais, José Camacho, de le convoquer pour la Coupe d'Afrique des Nations. Avec un père gabonais et une mère française, il avait le choix entre les deux pays et a opté pour la nationalité sportive gabonaise dans les semaines précédant la CAN. Dans cette compétition à domicile, le Tourangeau disposera immédiatement de la confiance de son sélectionneur. Lors du premier match, il délivre même une offrande à son capitaine Pierre-Emerick Aubameyang. Nommé à deux reprises Homme du match face au Burkina Faso et au Cameroun, il ne peut toutefois éviter l'élimination des Panthères dès la phase de groupes.
De retour à Tours, il va directement mettre à profit cette expérience pour aider son équipe à se maintenir. «On avait une petite bande de copains, on était tout le temps ensemble, il y avait Denis Bouanga, Ismaël Bennacer, Bryan Bergougnoux... Et ça se ressentait sur le terrain. On a fait une grosse deuxième partie de saison où on a réussi à se maintenir alors que personne ne pensait qu'on allait le faire.» Et ce n'est pas Faïz Selemani, arrivé à Tours en janvier 2017, avec lequel Bouanga s'était lié d'amitié durant le stage de pré-saison de Lorient en Autriche, qui dira le contraire. «C'était incroyable, je ne pense pas que je retrouverai un groupe comme ça. Avec Denis, on était collé, Bryan il nous disait toujours "lâchés vous un peu"». Décrit comme «un bon vivant, toujours souriant, qui aime faire des blagues et mettre l'ambiance dans le vestiaire», il était parfois victime de petites crasses de la part de ses coéquipiers. «Je me souviens, le jour de Pâques, Bryan Bergougnoux lui avait mis des poussins avec de la paille dans sa nouvelle voiture», relate Belkebla. Cette bonne entente en dehors des terrains va se traduire par une excellente fin de saison du club tourangeau. «On a enchaîné les victoires, tout en s'amusant, admet l'international comorien. Denis marquait toujours à la 90e minute (à 4 reprises entre la 29e journée et la 35e, NDLR). C'était son moment, il restait devant, il campait un peu. A la moindre contre-attaque, il filait seul au but. C'était un peu chiant aussi, parce qu'il ne défendait plus, mais comme il marquait toujours, on ne pouvait rien lui dire.» «C'était notre tactique, après on faisait le sale boulot derrière», poursuit Belkebla. Résultat, Bouanga termine la saison troisième meilleur buteur de Ligue 2 (16 buts) et Tours se maintient.

Des débuts en fanfare avant une cassure avec Mickaël Landreau

Après ce nouveau prêt très réussi, il retourne à Lorient, tout juste relégué en Ligue 2. «C'était compliqué pour lui, il n'avait jamais eu la confiance des coachs. Quand il est revenu en 2016, il y avait beaucoup d'attente autour de lui, son statut avait changé», observe Felipe Saad au sujet de celui qui «était?très timide à Strasbourg et désormais beaucoup plus chambreur dans le vestiaire». Avec la nomination de Mickaël Landreau au poste d'entraîneur, les dirigeants des Merlus décident de conserver l'ailier. Positionné sur le côté gauche, il démarre la saison dans la peau d'un titulaire et sur la même lancée qu'à Tours. Après six mois, il compte huit buts et trois passes décisives.
Des performances qui n'étonnaient pas le défenseur actuellement au Paris FC : «C'était quelqu'un qui ne doutait pas, il était sûr de son potentiel, mais il n'était pas égocentrique, il était très simple.» Mais en deuxième partie de saison, sa progression attendue depuis si longtemps en Bretagne va connaître un coup d'arrêt. «Ç'a coincé avec Mickaël Landreau, révèle Faïz Selemani devenu un ami proche et également de retour à Lorient durant l'été. Le discours de l'entraîneur ne passait plus, il a commencé à être sur le banc et il ne comprenait pas pourquoi, donc ce n'était plus le même. Il n'était pas content, il boudait un peu et avait tendance à râler. Du Denis quoi. Quand ça va mal, il ne baisse pas les bras, mais c'est compliqué de lui faire comprendre certaines choses.» Une nouvelle déception donc dans le club qu'il avait rejoint en 2014, avec le sentiment de ne jamais avoir réellement pu montrer sa vraie valeur. «Collectivement l'équipe n'était pas au point non plus, tempère Saad. Il a quand même beaucoup joué (34 matches, NDLR). La preuve de sa bonne saison, même si elle n'était pas excellente, ainsi que de son potentiel, c'est son départ à Nîmes au mercato d'été.»

A Nîmes, l'envol

Promu dans l'élite, le Nîmes Olympique jette son dévolu sur l'international gabonais et l'enrôle pour trois saisons. Une belle opportunité pour Denis Bouanga de pouvoir enfin s'exprimer en Ligue 1, à 23 ans. Désormais habitué à changer régulièrement d'environnement, l'ailier polyvalent s'adapte aisément à sa nouvelle équipe. Preuve en est, dès la deuxième journée de Ligue 1, il brille face à l'Olympique de Marseille en inscrivant le premier but puis en délivrant une passe décisive pour une large victoire (3-1).«A partir du moment où il se sent bien dans un groupe, il s'épanouit pleinement, confie Hervé Lybohy, recruté par Nîmes le même été en provenance du Paris FC. C'est un joueur qui est audacieux et qui a une grande confiance en lui. A Nîmes, il a senti qu'il était apprécié par le coach et par le staff. Il s'est donc lâché et nous a apporté beaucoup de choses sur le terrain.»
Titularisé à treize reprises durant la première partie de saison, l'ailier, utilisé sur les deux côtés par Bernard Blaquart, doit toutefois rectifier certaines choses pour devenir indiscutable, notamment au niveau des replis défensifs. «Sur la deuxième partie de saison, il a passé un cap à ce niveau. Le staff de Nîmes l'a beaucoup fait travailler, note le défenseur désormais à Nancy. Maintenant, dans une équipe comme Saint-Etienne, il sait qu'il doit attaquer et défendre afin de se mettre au service du collectif.» Toujours en quête de progression et déterminé à gravir les échelons, Bouanga avait une idée en tête en arrivant chez les Crocos. «Dès les premiers mois, il m'a dit qu'il n'était que de passage. Il savait très bien ce qu'il voulait et il a tout mis en place pour l'atteindre.» Auteur de huit buts et deux passes décisives pour sa première saison pleine en Ligue 1, il attire l'attention de Saint-Etienne. Un club dans lequel il brille désormais. Hervé Lybohy lui prédit «à peu près la même carrière que Pierre-Emerick Aubameyang, son coéquipier en sélection» dont il marche sur les traces, à l'ASSE. Et ses anciens coéquipiers sont tous unanimes sur un point : «il n'a pas fini de progresser et finira dans un grand club européen».
Nicolas Maître
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